Suwon, jeudi 5 Mai 2022.
Sept heures du matin à Séoul. Le jour est déjà levé et, une fois n’est pas coutume, c’est un grand ciel bleu et dégagé de pollution qui surplombe la capitale sud-coréenne en ce jeudi matin. Cela tombe bien : aujourd’hui c’est le jour des enfants, un jour qui est férié et non travaillé, et dédié à célébrer les plus jeunes et à passer du temps en famille.
La ligue coréenne de football en a donc profité pour placer une journée de K-League aujourd’hui, et il se trouve que le hasard fait bien les choses, car la programmation me permet de découvrir non pas un, mais deux nouveaux stades. En effet, la ville de Suwon, à 30km au sud de Séoul compte deux clubs professionnels qui reçoivent tous les deux aujourd’hui : Suwon Samsung reçoit Ulsan Hyundai à 14h30, et c’est ce que je vais vous partager sur cette page, et le Suwon FC reçoit Incheon United quelques heures plus tard. Ce deuxième match sera l’occasion d’un autre récit 🙂 En tout cas, les deux stades étant distants de seulement quelques kilomètres, cela me permet d’enchaîner les deux, et c’est depuis longtemps que j’avais coché cette date dans mon calendrier.
C’est donc à l’aube que je pars pour la mythique ville de Suwon pour (re)découvrir son histoire et vous conter un bout de culture coréenne grâce à un match lambda de K-League.
Pour les amateurs de football coréen (passion niche, j’en conviens), le nom de Suwon résonne forcément. Mais il est un autre domaine dans lequel Suwon brille : la technologie. C’est en effet la ville du chaebol Samsung, et là où des dizaines de milliers de personnes travaillent pour l’entreprise, au point qu’une partie de la ville appelée Digital City lui est dédiée. Et par conséquent, puisque histoire d’une ville et football sont toujours liés, le club historique de la ville appartient lui aussi au conglomérat, puisqu’il s’agit du club de Suwon Samsung et qui joue évidemment en bleu. Mais nous y reviendrons plus tard.
C’est après un trajet en métro puis en bus que j’arrive dans le centre historique de Suwon en ce jeudi matin ensoleillé. Et contrairement à l’imaginaire bétonné qui lui colle à la peau, Suwon dispose d’un centre historique plus qu’intéressant à visiter, et bien trop oublié des touristes qui passent par la Corée du Sud.
Eh oui, il n’y a pas que le palais de Gyeonbokgung à visiter à Séoul 🙂 à 30 km plus au Sud se trouve un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO : la forteresse de Hwaseong, érigée relativement tard (fin du 18e siècle) mais très bien conservée. A l’époque, la construction de cette forteresse a été liée à une tentative de déplacer la capitale de Séoul à Suwon. Je profite de cette matinée calme pour m’y balader et faire de la photo de rue.
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Comme d’habitude en Corée, c’est un réel contraste qui se déploie devant mes yeux, quand je vois ces murs et ces portes historiques se mélanger à l’architecture bétonnée plus moderne.
Après une heure, je décide de continuer mon chemin dans le centre, puis arrive très vite au palais Hwaseong haenggung. Je visite rapidement cette ancienne demeure royale, dont l’architecture est toujours aussi spectaculaire et relaxante, et me retrouve par surprise en sortant face à un spectacle traditionnel. **
[Parler du spectacle ]
Danseurs, musiciens et porteurs de drapeaux enchaînent leurs prouesses devant les familles et enfants, avec notamment un exercice d’équilibriste impressionnant.
Après cette matinée historique et culturelle, il est temps, après un déjeuner sur le pouce, de se diriger vers le premier des deux stades de football la journée. A 14h30, au Suwon World Cup Stadium, le club de Suwon Samsung reçoit Ulsan Hyundai pour cette journée de K-League.
J’avoue être pris d’une certaine émotion car ce club de Suwon a toujours été celui pour lequel j’ai eu le plus de sympathie en Corée pour quatre raisons : son histoire réelle et ses nombreux trophées coréens mais aussi continentaux, sa filiation avec Samsung, ses tribunes qui sont les plus populaires et festives du pays, et ses couleurs bleu-blanc-rouge qui m’ont toujours rappelé la France quand j’étais petit.
Le club de Suwon Samsung a été fondé par le chaebol Samsung en 1995 et a gagné depuis quatre K-League et également une Ligue des champions asiatique en 2002. Son logo, comme vous pouvez le voir ci-dessous, reprend le tracé de la forteresse Hwaseong dont j’ai parlé plus haut, et fait honneur au patrimoine architectural de la ville.
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Il n’est pas rare en Corée du Sud que les clubs soient associés à des entreprises. Dans le cas de Samsung, les Suwon Bluewings sont l’équipe de football, mais il existe également l’équipe de base-ball des Samsung Lions qui fait honneur aux couleurs bleues et blanches. Dans le championnat de football, on retrouve Ulsan qui est sous l’influence de Hyundai, Jeju sous l’influence de SK, et bien d’autres.

Suwon Samsung est vraiment l’un des clubs les plus populaires du pays (voire le plus populaire historiquement à mon sens), dont les tribunes pleines ont connu des soirées parmi les plus ambiancées des tribunes asiatiques dans les années 2000.
Vous pouvez le voir sur ces vidéos qui datent de 2002 (à domicile contre Busan I’Park) et de 2007 en déplacement à Séoul, où l’on retrouve les codes du supportérisme actif.
Contrairement à l’Europe où il existe un certain rejet de la possession des clubs par des entreprises (l’exemple récent de Red Bull le montre), tout cela en Corée est parfaitement normal. Et après tout, même en Europe, des Peugeot (Sochaux), Bayer (Leverkusen), Volkswagen (Wolfsburg) ont également eu une longue histoire avec certains clubs. Tout est une question de traditions et de respect des fans.
J’arrive aux abords du Suwon World Cup Stadium environ une heure avant le début du match. En ce jour des Enfants, les alentours de l’enceinte sont denses et l’on retrouve beaucoup de familles qui profitent de ce jour férié pour emmener leur enfant au stade. Le Suwon World Cup Stadium a été construit pour la Coupe du Monde 2002 par Samsung Construction (ça ne s’invente pas). D’une capacité d’environ 45 000 places, il a notamment accueilli le 8e de finale entre l’Espagne et l’Irlande, remporté aux tirs aux buts par les Ibériques.
Surnommé “Big Bird”, le stade profite d’une architecture vraiment originale en forme d’oiseau ! Cela fait plaisir de voir un peu de spécificité dans l’architecture.

Une fois mon ticket acheté, je rentre dans l’enceinte environ 30 minutes avant le début du coup d’envoi. Les tribunes hautes sont vides, mais, en ce jour des enfants, toute la partie basse des deux latérales ainsi que du virage est relativement pleine, et ça fait plaisir. Les familles s’installent, je me prends une petite bière, l’atmosphère est bon enfant.
On retrouve vite toute l’influence de Samsung dans les différents éléments qui sont mis en avant dans le stade : bâches NéoQLED8K et Galaxy S22 pour combler les tribunes vides, panneaux publicitaires sur les mêmes produits, et sponsor maillot pour l’équipe locale.
A noter que le grand rival des Suwon Bluewings est le club du FC Séoul (qui joue en rouge, connu précédemment sous d’autres noms et sous l’influence d’un autre chaebol que vous connaissez en Europe : LG), et je vous invite à en savoir plus sur leur rivalité dans des liens que je mettrai en bas de l’article.
Place au match. Les joueurs rentrent accompagnés d’enfants et posent avec eux, pour ce jour spécial, ça fait plaisir. Avant de parler des tribunes locales, un petit mot sur les visiteurs : environ 300 fans d’Ulsan sont présents derrière une grande bâche “ULSAN” et deux bâches aux noms de leurs groupes : Fanatics et Ultras Parang. L’animation de leur côté n’aura pas grand chose d’ultra, puisqu’ils passeront l’essentiel du match assis, et avec un fort respect du port du masque. Quelques chants toutefois ne manquent pas pour pousser les leurs.
Côté local, l’animation de la tribune est en revanche beaucoup plus organisée et spectaculaire. Plusieurs bâches de groupes (CUSC 1999, Tricolor …) aux codes ultras recouvrent toute la longueur de la tribune, à l’européenne, tandis qu’en bas, des slogans viennent pousser leurs joueurs (”Stand up and fight”, “we shall never surrender”, etc). Ce mélange entre codes ultras et bannières plus classiques est original et montre que la scène coréenne cherche à reprendre les codes ultras européen tout en gardant un côté très “basique” pour pousser ses joueurs.
A vrai dire, il est assez cocasse de voir des symboles comme celui de la tête de mort, du logo Stone Island détourné, du terme “Commando Ultra”, car la population en tribune est plus en retrait de ces codes-là : en matière de vêtements (tous habillés avec un maillot du club), de chants (très généralistes), et avec un port du masque scrupuleusement respecté !
En tout cas l’ambiance est bonne. Fidèle à sa réputation, le virage enchaîne les chants pendant 90 minutes. Le spectacle visuel est très bon car on retrouve de bonnes gestuelles, une variété de chants hyper intéressantes et des airs connus ailleurs dans le monde avec notamment le chant chilien que les bordelais connaissent bien ! Mais adapté à la sauce coréenne 🙂
[insérer chant chilien]
Je ne suis absolument pas déçu de ce virage, qui ne lâche rien pendant 90 minutes.
C’est un vrai plaisir de voir cette passion dans ces tribunes coréennes, car le championnat local n’est vraiment pas connu pour sa qualité footballistique. Les jeunes coréens préfèrent suivre la Premier League, et la K-League est vraiment délaissée. Pour preuve, elle est diffusée gratuitement et légalement sur Internet, donc c’est vraiment par amour de leur club que toutes ces personnes viennent au stade en payant leur ticket et leur abonnement. A cela, il faut rajouter que le club de Samsung est en très grande difficulté sportive et joue son maintien en première division, ce qui était encore inimaginable il y a quelques années. Depuis une dizaine d’années, Samsung s’est en effet largement désengagé financièrement du club, et a notamment laissé la gestion à sa filiale Cheil, ce qui explique le manque de compétitivité du club.
Bravo et respect à tous ceux qui font vivre les stades !
Les fans de Suwon seront récompensés de leurs efforts, car sur le terrain, leurs joueurs viennent arracher une victoire héroïque 1-0 face à l’une des meilleures équipes du championnat. Ulsan est en effet avec Jeonbuk l’équipe dominante du moment, avec notamment plusieurs internationaux comme Jo Hyeon-woo ou Kim Young-gwon. Pour l’anecdote, il faut noter qu’il s’agit du club de Hyundai, un autre chaebol connu jusqu’en France. Ulsan est la ville historique de Hyundai et c’est notamment là-bas que l’on retrouve certains des chantiers navals de l’entreprise, et le musée lié à son fondateur. (une histoire fascinante que je vous invite à découvrir sur Internet)
Les joueurs de Suwon se sont donc arrachés aujourd’hui et offrent une belle victoire à leurs fans et aux enfants venus en masse.
C’est la tête rempli des chants de ce virage, et après avoir enfin découvert ce stade et cette tifoseria que je voulais découvrir depuis longtemps, que je quitte le match un peu avant la fin. En effet, le Suwon FC (l’autre club de la ville) accueille Incheon dans un stade situé à quelques kilomètres de là, et je dois prendre le bus pour pouvoir enchaîner à temps deux stades en un après-midi. Ce sera l’occasion d’un autre récit !
Forza Suwon !
Pour aller plus loin :
Lucarne Opposée : https://lucarne-opposee.fr/index.php/actualite/afc/coree-du-sud/10172-suwon-samsung-bluewings-du-sommet-a-lenfer
La Grinta : https://lagrinta.fr/ils-se-detestent-fc-seoul-suwon-samsung-bluewings-fc&7245/